Technique d'attaque Active Directory

Kerberoasting : comprendre, détecter et casser le chemin d'attaque

Le Kerberoasting exploite une propriété parfaitement normale de Kerberos : un utilisateur déjà authentifié peut demander un ticket de service pour un service identifié par un SPN (Service Principal Name). Rien d'anormal jusque-là : c'est le fonctionnement attendu de l'authentification dans un domaine Active Directory.

Le problème apparaît lorsque le compte qui porte ce service repose sur un secret insuffisamment robuste ou mal gouverné. L'attaquant peut alors récupérer un élément lié au ticket et tenter de retrouver ce secret hors ligne, sans bruit et sans limite de tentatives côté annuaire.

Le problème n'est pas que Kerberos soit cassé. Le problème est qu'une mécanique légitime devient une étape exploitable dans un chemin d'attaque lorsque les comptes de service, leurs secrets et leurs privilèges ne sont pas maîtrisés.
Revenir au cas d'usage : sécuriser Active Directory et réduire les chemins d'attaque

Comment fonctionne le Kerberoasting ?

La mécanique se résume en quelques étapes. Elle n'a rien d'exotique : elle emprunte uniquement des opérations légitimes de l'annuaire, ce qui explique sa discrétion.

  1. 01Identité déjà authentifiée dans le domaine
  2. 02Découverte d'un service associé à un SPN
  3. 03Demande normale d'un ticket de service Kerberos
  4. 04Récupération d'un élément attaquable hors ligne
  5. 05Tentative de retrouver le secret du compte de service
  6. 06En cas de succès : exploitation des droits de ce compte
  7. 07Nouvelle étape possible dans le chemin d'attaque
  • L'attaquant doit généralement disposer au préalable d'un accès authentifié au domaine : le Kerberoasting est rarement le point d'entrée, c'est une étape de progression.
  • La demande d'un ticket de service est en elle-même une opération normale, réalisée en permanence par des utilisateurs et des applications légitimes.
  • Le risque réel dépend de la robustesse du secret du compte ciblé et des privilèges qui lui sont associés : un secret long et aléatoire rend la tentative hors ligne peu praticable.
  • Une compromission n'a d'intérêt pour l'attaquant que si elle ouvre ensuite de nouvelles ressources ou de nouveaux privilèges.

Pourquoi les comptes de service sont-ils une cible intéressante ?

Dans la plupart des environnements, ce ne sont pas les mécanismes Kerberos qui posent problème, mais l'état réel des comptes de service. Ils cumulent souvent plusieurs défauts hérités de l'histoire du système d'information.

  • Mot de passe ancien, parfois inchangé depuis la mise en production.
  • Rotation rare ou inexistante, sans propriétaire pour la déclencher.
  • Secret choisi historiquement par un humain, donc devinable.
  • Privilèges excessifs par rapport à l'usage applicatif réel.
  • Dépendances applicatives mal documentées.
  • Impossibilité supposée de changer le mot de passe « parce qu'on ne sait pas ce qui va casser ».
  • Compte partagé entre plusieurs services ou plusieurs équipes.
  • Droits accumulés au fil des années, jamais revus.
  • Propriétaire mal identifié, voire parti de l'entreprise.
Le Kerberoasting est autant un problème de gouvernance des identités techniques qu'un problème de sécurité Kerberos. Tant que les comptes de service n'ont ni propriétaire, ni usage documenté, ni politique de secret, la technique reste exploitable quelle que soit la configuration cryptographique.

Quand le Kerberoasting devient un chemin d'attaque

Pris isolément, le Kerberoasting ne compromet pas Active Directory. Il devient dangereux lorsqu'il s'insère dans un enchaînement qui rapproche l'attaquant d'une ressource critique.

  1. 01Compte utilisateur compromis
  2. 02Kerberoasting
  3. 03Compte de service compromis
  4. 04Privilèges ou accès applicatifs supplémentaires
  5. 05Mouvement latéral
  6. 06Accès à une ressource plus critique

Un second scénario peut être totalement différent

À technique identique, la suite dépend entièrement de ce que le compte compromis permet réellement de faire dans votre environnement :

  • les groupes auxquels le compte appartient ;
  • les ACL positionnées sur les objets de l'annuaire ;
  • les délégations dont il bénéficie ;
  • les droits locaux sur les serveurs concernés ;
  • les applications et bases accessibles avec cette identité ;
  • les secrets détenus ou accessibles depuis les serveurs où il s'exécute ;
  • les relations vers d'autres ressources, domaines ou environnements.

Le risque réel d'un compte kerberoastable ne se mesure donc pas à l'existence d'un SPN, mais à ce que sa compromission permettrait d'atteindre ensuite. C'est exactement la logique de lecture par chemins d'attaque du cas d'usage parent.

Comment détecter le risque ?

Deux sujets distincts sont souvent confondus : mesurer l'exposition (un travail d'inventaire et d'analyse) et détecter une activité suspecte (un travail de supervision). Les deux sont nécessaires, mais ils ne se traitent pas avec les mêmes moyens.

1. Identifier l'exposition

L'objectif est de savoir quels comptes sont réellement attaquables et ce qu'ils permettraient d'obtenir.

  • Inventorier les comptes portant un ou plusieurs SPN.
  • Identifier leurs propriétaires métier et techniques.
  • Comprendre leur usage applicatif réel.
  • Évaluer leur niveau de privilège, direct et indirect.
  • Repérer les comptes historiques et les comptes inutilisés.
  • Rechercher les secrets qui ne suivent pas une politique de rotation satisfaisante.
  • Analyser la position de ces comptes dans les chemins d'attaque de l'annuaire.

2. Détecter une activité suspecte

La supervision s'appuie notamment sur les événements Kerberos liés aux demandes de tickets de service, dont l'Event ID Windows 4769 lorsqu'il est disponible et correctement collecté. Une demande de ticket de service est une activité Kerberos parfaitement normale : il n'existe pas d'équivalence entre un événement 4769 et une attaque. La détection doit donc chercher des écarts de comportement et des combinaisons de signaux.

  • Volume inhabituel de demandes sur une courte période.
  • Nombre anormalement élevé de services distincts ciblés.
  • Compte ou poste source inhabituel pour ce type de demandes.
  • Séquence de demandes incohérente avec l'usage applicatif attendu.
  • Techniques de chiffrement inattendues dans le contexte concerné.
  • Corrélation avec d'autres activités de reconnaissance ou de mouvement latéral.

Même prudence concernant RC4 : son usage n'est pas une preuve de Kerberoasting. Ce peut être un signal intéressant dans certains environnements, mais il doit être interprété avec la connaissance des applications héritées encore en production.

Comment casser le chemin d'attaque ?

Les mesures utiles sont rarement spectaculaires. Elles consistent d'abord à reprendre la main sur les comptes de service, puis à réduire ce qu'une compromission permettrait de faire.

  • 01

    Gouverner les comptes de service

    • Disposer d'un inventaire tenu à jour.
    • Attribuer un propriétaire identifié à chaque compte.
    • Documenter l'usage applicatif et les dépendances.
    • Supprimer les comptes inutilisés et les SPN orphelins.
    • Éviter les comptes partagés entre plusieurs services lorsque c'est possible.
  • 02

    Renforcer les secrets

    • Secrets suffisamment longs et réellement aléatoires.
    • Rotation adaptée à la criticité du compte.
    • Automatisation de la rotation lorsque l'application le permet.
    • Recours aux gMSA lorsqu'ils sont adaptés au cas d'usage et compatibles avec l'application.
    • Mise sous coffre des secrets qui ne peuvent pas être automatisés.
  • 03

    Réduire les privilèges

    • Supprimer les groupes et droits devenus inutiles.
    • Éviter qu'un compte technique applicatif dispose de privilèges d'administration sans justification.
    • Analyser les accès indirects obtenus via groupes, ACL, délégations ou ressources.
    • Séparer les comptes selon les environnements et les niveaux de sensibilité.
  • 04

    Durcir Kerberos et l'environnement

    • Inventorier les dépendances avant toute modification cryptographique.
    • Tester la compatibilité applicative sur un périmètre restreint.
    • Procéder progressivement, environnement par environnement.
    • Traiter en parallèle les autres mécanismes hérités qui offrent des alternatives à l'attaquant.
  • 05

    Surveiller

    • Centraliser les événements pertinents des contrôleurs de domaine.
    • Établir des baselines d'usage par compte et par service.
    • Mettre en place une analyse comportementale plutôt qu'une règle unique.
    • Corréler avec les autres signaux liés aux identités et aux mouvements latéraux.

Ce qu'un audit Ariovis va regarder

Un diagnostic pertinent ne se limite pas à produire la liste des comptes portant un SPN. Cette liste est facile à obtenir et n'indique pas où agir en priorité.

  • Quels comptes sont réellement exposés, et depuis quels périmètres.
  • Lesquels présentent des secrets ou des pratiques de gestion insuffisantes.
  • Quels privilèges ils détiennent, directement et par héritage.
  • À quelles ressources et applications ils donnent accès.
  • Quelles relations permettraient une progression vers un actif critique.
  • Quelles corrections cassent plusieurs chemins d'attaque à la fois.
  • Quelles corrections peuvent être réalisées rapidement, sans risque d'interruption.
  • Quelles corrections nécessitent une transformation plus structurante.
Nous priorisons selon le risque et les chemins réellement exploitables, pas selon le nombre brut de findings. Un rapport de 400 lignes n'aide personne à décider ; une dizaine de corrections qui suppriment les chemins vers le Tier 0, si.

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