MITRE ATT&CK
OS Credential Dumping: DCSync (T1003.006)Classification Credential Access, mécanique générale, mitigations et pistes de détection.
Chemin d'attaque Active Directory · MITRE ATT&CK T1003.006
DCSync ne consiste pas à voler le fichier NTDS.dit ni à ouvrir une session interactive sur un contrôleur de domaine. L'attaque détourne une fonction parfaitement légitime d'Active Directory : la réplication.
Lorsqu'un compte dispose des droits nécessaires, il peut demander à un contrôleur de domaine de lui transmettre des données normalement destinées à un autre contrôleur de domaine. Le problème n'est donc pas seulement « qui est administrateur ? ».
La vraie question
Qui possède, directement ou indirectement, le droit de répliquer les secrets du domaine ?
DCSync arrive tard dans un chemin d'attaque. Il suppose qu'une identité ait déjà obtenu, ou hérité, de droits de réplication sur le domaine. Rien dans cette séquence n'est automatique : chaque flèche dépend de ce que l'environnement autorise réellement.
Identité compromise
Droits de réplication obtenus
Requête de réplication vers un contrôleur de domaine
Active Directory transmet les données autorisées à la réplication
Extraction de matériel d'authentification
Impact
Si le secret krbtgt est récupéré
Possibilité de Golden Ticket : forger des TGT Kerberos valides pour le domaine
Le problème DCSync n'est pas qu'un outil offensif sache parler au contrôleur de domaine. Le problème est qu'une identité possède le droit de lui demander ses secrets.
C'est ce qui rend DCSync particulièrement intéressant à comprendre.
La réplication est indispensable au fonctionnement normal d'Active Directory. Les contrôleurs de domaine utilisent le Directory Replication Service Remote Protocol, ou MS-DRSR, pour maintenir les données du domaine cohérentes.
DCSync détourne cette logique. L'attaquant ne demande pas au contrôleur de domaine d'exécuter un malware. Il se présente comme un principal disposant d'un droit de réplication et demande des données via le protocole prévu pour cela.
Un contrôle de sécurité centré uniquement sur les processus exécutés sur les DC risque donc de passer à côté d'une partie du problème.
À retenir
Deux droits étendus, positionnés sur la tête du domaine, déterminent qui peut demander quoi à un contrôleur de domaine.
| Droit | Rôle | Pourquoi il est sensible |
|---|---|---|
DS-Replication-Get-ChangesReplicating Directory Changes1131f6aa-9c07-11d1-f79f-00c04fc2dcd2 | Permet de demander les modifications d'un Naming Context Active Directory. | Seul, il ne livre pas les secrets. Il constitue la première moitié du chemin. |
DS-Replication-Get-Changes-AllReplicating Directory Changes All1131f6ad-9c07-11d1-f79f-00c04fc2dcd2 | Étend la réplication aux données secrètes du domaine. | C'est lui qui autorise la transmission du matériel d'authentification. |
Pour représenter le chemin DCSync classique, il ne suffit pas de dire qu'un seul droit « Replicating Directory Changes » suffit. La combinaison GetChanges + GetChangesAll constitue le cas essentiel à surveiller.
Active Directory possède également le droit DS-Replication-Get-Changes-In-Filtered-Set. Il existe pour certains attributs appartenant au filtered attribute set. Il ne doit pas être présenté comme une troisième permission systématiquement nécessaire à tout DCSync.
Les groupes d'administration très privilégiés disposent naturellement de capacités permettant d'effectuer des opérations de réplication. Mais Active Directory permet également de déléguer ces droits.
C'est précisément là que la gouvernance devient difficile. Un compte de service, un groupe historique, une délégation ancienne ou une chaîne d'appartenances peut aboutir à un principal capable de demander des secrets du domaine sans apparaître immédiatement comme « administrateur de domaine ».
C'est pourquoi une revue des seuls groupes Domain Admins ou Enterprise Admins ne suffit pas. Il faut analyser les ACL du domaine et les chemins qui permettent d'obtenir ces permissions.
Ne pas considérer tout compte non-DC possédant ces droits comme malveillant. Certains services légitimes de synchronisation d'identité peuvent disposer de droits de réplication.
Exemple : Microsoft Entra Connect peut nécessiter Replicating Directory Changes et Replicating Directory Changes All pour la Password Hash Synchronization.
La bonne démarche consiste donc à identifier, documenter et réduire les exceptions légitimes, pas à supprimer aveuglément tous les droits.
Les outils offensifs rendent DCSync accessible. Ils n'en créent pas la condition. Aucune procédure d'exécution n'est décrite ici : seule la compréhension de ce qu'ils exploitent compte pour la défense.
DCSync peut cibler différents comptes. Lorsque le secret récupéré appartient à un compte utilisateur ou administrateur, il peut notamment permettre d'usurper ce compte selon les mécanismes disponibles.
Le cas krbtgt est différent. Le compte krbtgt porte les clés utilisées par Kerberos pour protéger les Ticket Granting Tickets du domaine. La récupération de son secret peut permettre à un attaquant de fabriquer des tickets Kerberos — le principe du Golden Ticket.
Ce n'est donc pas DCSync seul qui crée le Golden Ticket. La chaîne exacte est la suivante :
Le défi de DCSync est le même que celui de beaucoup d'attaques basées sur l'identité : le protocole utilisé est légitime. La détection doit donc croiser l'identité, la machine source et le comportement observé.
Une opération a été effectuée sur un objet Active Directory
L'Event ID 4662 n'est pas une alerte DCSync magique. Sa disponibilité dépend notamment de la configuration de l'audit Directory Service Access et des SACL correspondantes. On doit ensuite rechercher les opérations relatives aux droits de réplication et les contextualiser.
Une réplication provenant d'un contrôleur de domaine connu est normale. Une requête DRSUAPI provenant d'une machine utilisateur, d'un serveur d'administration inattendu ou d'un endpoint non-DC mérite une qualification immédiate.
Comparer le principal aux comptes autorisés à effectuer des réplications. Détecter notamment :
Corréler identité + SourceIP / hostname + DRSUAPI + droits de réplication + contexte temporel.
Bloquer une signature d'outil ne retire pas le droit qui rend DCSync possible. La remédiation porte sur les permissions et sur les chemins qui permettent de les atteindre.
Identifier tous les utilisateurs, groupes, comptes techniques et services disposant directement ou indirectement de droits de réplication sur le domaine.
Pour chaque principal :
Supprimer les délégations obsolètes. Réduire les groupes intermédiaires. Isoler et gouverner les comptes de synchronisation légitimes. Éviter d'accorder ces droits à des identités humaines lorsqu'ils ne sont pas nécessaires.
Mettre sous surveillance :
Après remédiation, recalculer les chemins d'attaque. Une correction est réellement utile lorsqu'elle supprime le chemin qui permettait d'atteindre la capacité DCSync.
Cette démarche s'inscrit dans une mise sous contrôle plus large du Tier 0. Pour une trajectoire séquencée du constat aux premières remédiations : NIS2 : sécuriser son Active Directory en 90 jours
Si une attaque DCSync est confirmée, il faut considérer les secrets récupérés comme potentiellement compromis. La réponse dépend donc des comptes concernés.
Révoquer uniquement le droit de réplication ferme le chemin futur, mais n'annule pas les secrets déjà récupérés.
La rotation du compte krbtgt doit suivre la procédure officielle Microsoft. Microsoft documente une réinitialisation en deux temps, avec un délai adapté à la durée de vie des tickets Kerberos. Ce n'est pas une opération banale à lancer immédiatement sans préparation : elle se planifie, se séquence et se vérifie.
DCSync montre parfaitement pourquoi une analyse Active Directory ne peut pas s'arrêter aux vulnérabilités techniques ou aux membres du groupe Domain Admins. Ce sont les relations qui comptent.
Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler acceptable. Mis bout à bout, ils peuvent donner à une identité la capacité d'extraire les secrets du domaine.
Ariovis analyse donc
Un audit reconstitue les chemins. Un pentest contrôlé peut vérifier lesquels sont réellement exploitables. Pentest identités et accès
Trois techniques de la même collection. Elles ne constituent pas trois étapes obligatoirement successives : chacune s'insère dans un chemin d'attaque selon ce que l'environnement autorise.
Obtenir un secret attaquable à partir d'un compte de service.
Exploiter l'absence de pré-authentification Kerberos.
Exploiter les droits de réplication pour obtenir les secrets du domaine.
Références de premier rang utilisées pour étayer cette fiche.
MITRE ATT&CK
OS Credential Dumping: DCSync (T1003.006)Classification Credential Access, mécanique générale, mitigations et pistes de détection.
Microsoft Open Specifications
MS-DRSR — Directory Replication Service (DRS) Remote ProtocolProtocole de réplication légitime détourné par DCSync.
Microsoft Active Directory Schema
DS-Replication-Get-Changes extended rightNom UI Replicating Directory Changes, GUID 1131f6aa-9c07-11d1-f79f-00c04fc2dcd2.
Microsoft Active Directory Schema
DS-Replication-Get-Changes-All extended rightNom UI Replicating Directory Changes All, GUID 1131f6ad-9c07-11d1-f79f-00c04fc2dcd2, extension aux données secrètes.
Microsoft — Advanced Audit Policy Configuration
Audit Directory Service Access / Event ID 4662Signification de l'événement 4662 et dépendance à la configuration d'audit et aux SACL.
SpecterOps
DCSync edge — BloodHound documentationModélisation du chemin DCSync à partir des permissions GetChanges + GetChangesAll.
Microsoft Learn
AD Forest Recovery — Resetting the krbtgt passwordProcédure officielle de réinitialisation du compte krbtgt en scénario de compromission.
Microsoft Learn
Microsoft Entra Connect: accounts and permissionsExemple de service légitime nécessitant des droits de réplication pour la Password Hash Synchronization.
Les contenus Ariovis qui prolongent directement ce sujet.
La page mère : techniques, priorisation et remédiation côté annuaire.
L'offre d'audit AD : délégations, ACL, comptes privilégiés, chemins d'attaque, durcissement.
La trajectoire de mise sous contrôle du Tier 0, du constat aux premières remédiations.
Vérifier par la pratique quels chemins vers les droits de réplication sont réellement exploitables.